Le Dharma, la voie du Bouddha

La théorie bouddhique de l'existence : un enseignement dynamique et encourageant

« Soyez votre propre lumière, soyez votre propre refuge,
Que le Dharma soit votre lumière, prenez refuge dans le Dharma. »

Telles sont les dernières paroles du Bouddha à ses disciples qui lui demandent un enseignement ultime capable de les guider dans leur pratique après son extinction.

Le mot « Dharma », voie et enseignement du Bouddha (celui qui a réalisé le sens de la réalité) signifie aussi la vérité de la réalité et l’ensemble des phénomènes. La production conditionnée des causes et des effets et la vacuité sont des principes essentiels de cet enseignement. Selon eux, toute cause a des effets, tout est relation, tout ce qui existe est dénué d’existence autonome, rien n’existe en soi et par soi.
Par ces paroles, le Bouddha invite ses disciples à être conscients que tous les êtres humains sont soumis à cette production conditionnée des causes et des effets, qu’ils sont interdépendants les uns des autres. Chacun de leurs actes ne les engage pas seulement personnellement mais a des répercussions sur tous les êtres.
À travers ces dernières paroles, le Bouddha encourage ses disciples à vérifier son enseignement par leurs propres expériences. Le principe de l’expérimentation personnelle est le fondement de la pratique du bouddhisme.

La théorie bouddhique de l'existence : un enseignement dynamique et encourageant

Le bouddhisme explique comment l’être humain peut changer par ses actions et pourquoi les actions ont ce pouvoir, en remontant jusqu’à l’origine de l’existence humaine. La théorie bouddhiste de l’existence comprend les principes de l’impermanence, de l’absence d’un « soi » permanent et inchangé, de l’interrelation et de la production conditionnée des causes et des effets.

L’impermanence est le caractère de ce qui est non-constant, non-stable, non-continu. Ce terme signifie que dans ce monde tout change à chaque instant.
Tout change et nous-mêmes changeons aussi. L’être humain change. Cela ne signifie pas seulement qu’en vieillissant nous nous affaiblissons physiquement mais que notre esprit et notre cœur changent aussi. Tels sont les êtres humains. Notre « moi » change, jour après jour, selon notre vie : il n’existe pas de « moi » fixe. C’est même précisément parce qu’il n’y a pas de moi fixe que nos efforts ont des résultats si nous apprenons.

Le bouddhisme explique que le « moi » de l’homme est constitué de cinq agrégats : la matière, la sensation, la perception, l’activité mentale, la conscience.

La matière, ce sont toutes les choses, qui ont forme et couleur, qui existent en ce monde.
La sensation, c’est ce que nous sentons en entrant en contact avec la matière.
La perception, c’est ce qui lie ensemble les impressions pour former des images dans notre cœur et notre esprit.
L’activité mentale a le sens de jugement, celui qui s’opère à partir de ce qui précède.
La conscience signifie la connaissance, la conscience que chacun a de sa propre existence.


La théorie des « cinq agrégats » constitue l’explication du moi lui-même. Autrement dit, l’« ego » n’existe pas en dehors de l’accumulation des relations de fait entre matière, sensation, perception, activité mentale et conscience. Par exemple, si nous regardons une belle fleur, nous « ressentons » sa beauté et en sommes apaisés. Au contraire, lorsque nous entrons en contact avec quelque chose de laid, nous éprouvons du dégoût. Il en est de même en ce qui concerne les relations humaines. Si les autres nous manifestent de la bienveillance, nous nous sentons bien, mais s’ils sont désagréables ou hostiles à notre égard, nous nous durcissons et fermons notre cœur. C’est ainsi que sans cesse en contact avec toutes sortes de choses, nous ressentons divers sentiments, désirs, passions.
Par conséquent, dans cette théorie, la distinction ne se fait pas entre « soi » et « le reste » comme elle se fait dans la théorie occidentale de l’existence. Dans cette façon bouddhiste d’appréhender le « moi », la limite qui distingue le « soi » de « ce qui n’est pas soi » disparaît en effet. L’idée qu’il existe une limite fixe entre le « soi » et « ce qui l’entoure », est une illusion.


Afin que ces « cinq agrégats » acquièrent de la cohésion, il leur faut attendre l’activité de la vie, autrement dit les actes de la vie quotidienne. Nous donnons forme à notre « moi » par l’intermédiaire des relations avec ce qui nous entoure, par les actes de la vie quotidienne. Nous transformons ce « moi » chaque fois que, apercevant quelque chose ou quelqu’un, nous réagissons de telle ou telle façon.
Ces actions de la vie quotidienne, au-delà de leur sens habituel d’actes volitifs, comportent aussi toutes les ondes qui se répercutent au dedans et au dehors de celui qui accomplit ces actions.


La production conditionnée des causes et des effets n’est rien d’autre que le karma – les actions de la vie quotidienne et leurs produits – qui donne forme aux « cinq agrégats », et qui fait changer le « moi » de ce moment particulier. La production conditionnée est encore ainsi expliquée : l’existence de tout ce qu’il y a au monde s’est développée à partir de relations mutuelles, ou bien il n’existe rien qui se soit formé seul et indépendamment, tout ce qui existe se développe à l’intérieur de rapports mutuels, dans l’interrelation et l’interdépendance.
Cette conscience d’un « moi » impermanent, en perpétuel changement est la base sur laquelle sont fondées les différentes voies qui visent à libérer les êtres humains de la souffrance.

Les Quatre nobles vérités

Les Quatre Nobles Vérités sont :

la vérité de la souffrance,
la vérité de l’accumulation des causes de la souffrance,
la vérité de la cessation de la souffrance,
la vérité de la voie qui mène à la cessation de la souffrance.

Le trait le plus significatif de l’existence humaine est que « rien ne va jamais comme on veut » et cette attitude face à la vie engendre la souffrance. Telle est la première vérité.

Tous les problèmes des hommes naissent de là et, par conséquent ils ne peuvent prétendre résoudre leurs problèmes s’ils n’en ont pas conscience. Les êtres humains ont des désirs. Sans cesse, naissent en eux de nouveaux appétits et de nouveaux souhaits, bons ou mauvais qui engendrent contrariété, frustration ou insatisfaction. Telle est la deuxième vérité : l’accumulation des causes de la souffrance.

Que nous conseille de faire le « bouddhisme des origines » à nous qui sommes dans cette situation d’insatisfaction ? La réponse est étonnamment simple, c’est la troisième vérité. Il suffit d’éteindre les désirs qui sont à la source du problème. Tel est, pour le Theravada traditionnel, le but de la pratique bouddhiste – atteindre un état de non-désir. Réaliser cela, c’est atteindre l’état de nirvana, c’est devenir un être humain idéal, un arhat.

Mais qu’en est-il lorsqu’on envisage le problème d’un point de vue pratique ? On peut facilement dire « il suffit d’éteindre les désirs » mais si on y parvient, qu’en devient-il de l’être humain ? Éteindre le désir ne signifie-t-il pas cesser toutes affaires humaines et mourir ? Telle ne peut être la réponse. Dans le soutra du Mahayana appelé Le Soutra de la Pleine Conscience selon la Méthode du bodhisattva Vertu Universelle, il est clairement indiqué de pratiquer « sans se couper des désirs des cinq sens ». En d’autres termes, la pratique dans le bouddhisme Mahayana (Grand Véhicule) insiste sur le développement de la conscience de la condition réelle de l’être humain. Ainsi, la question n’est plus de se couper des désirs, mais plutôt de voir clairement la relation entre les désirs et les souffrances, et d’en résoudre les causes profondes. Ainsi devient-on capable de se libérer de la souffrance causée par l’ignorance. Telle est la réponse du Mahayana, le Grand Véhicule.

Quels moyens concrets propose le « bouddhisme des origines » pour « éteindre » les désirs ? Il invite à agir de manière « juste », à accomplir des pratiques particulières qui provoqueront des transformations fondamentales. Telle est la quatrième vérité : c’est la vérité de la voie qui mène à la cessation de la souffrance, le Noble Chemin Octuple.

Le bouddhisme est une philosophie dynamique

Le caractère d’une personne détermine ses actions. Les actions construisent les hommes et il n'existe sans doute pas d’autre moyen pour changer que d’agir. La dernière des vérités nous invite à agir : « essayez donc de faire ceci ou cela.» Si quelqu’un essaie en suivant cet enseignement, c’est un bouddhiste, celui qui reste à réfléchir en se demandant s’il est possible d’y parvenir, ne l’est pas. L’exigence d’action pour résoudre les problèmes humains est le fondement du bouddhisme : c’est une philosophie dynamique.

Le Noble Chemin Octuple

Dans la quatrième vérité, les huit actions justes du Noble Chemin Octuple sont les suivantes :
la compréhension juste (voir la réalité selon la théorie bouddhiste de l’existence),
la pensée juste,
la parole juste,
l’action juste,
les moyens d’existence justes,
l’effort juste,
l’attention juste,
la concentration juste.
Précisons que ce qu’on appelle « juste » n’est pas une notion opposée à « injuste » : ce mot a plutôt ici le sens d’« approprié ». Il est important aussi de préciser que le bouddhisme n’est pas un système d’instructions morales et qu’il convient de ne pas interpréter ces points à la hâte.


Quelles voies, quelles méthodes, quelles pratiques propose le bouddhisme ?

Ce sont là les éternelles grandes questions. Les réponses diffèrent selon les soutras, quoiqu’elles reposent toutes sur la prise de refuge dans les Trois Joyaux et sur les principes fondamentaux de la réalité découvert par le Bouddha au moment de son éveil. Par exemple, le bouddhisme du Grand Véhicule ou Mahayana, ne se limite pas au Noble Chemin Octuple de la théorie des Quatre Nobles Vérités. Il invite à entrer dans la voie du bodhisattva.

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