Le Soutra bleu

Les salutations d'ouverture : la prise de refuge

Le Soutra Bleu, cœur des enseignements, est composé d’extraits choisis par les deux fondateurs du Reiyukai pour permettre une récitation quotidienne. Il indique les méthodes à suivre et les pratiques à accomplir pour nous transformer, il propose les modèles des grands bodhisattvas et expose les actions qui leur ont permis de progresser sur le chemin.

Les Fondateurs sélectionnent onze parties clés tirées de la Trilogie du Soutra du Lotus pour composer le corps principal du Soutra Bleu.
Au commencement et à la fin du Soutra Bleu, Kakutaro Kubo et Kimi Kotani ajoutent deux extraits modifiés des écrits de Mugaku Nishida, philosophe qui influença profondément la pensée du fondateur Kubo. Bien que Nishida mourût avant la fondation du Reiyukai, beaucoup de ses idées devinrent des pratiques importantes du Reiyukai. Ainsi, c’est lui qui initia la récitation du Soutra aussi bien à l’intention de la branche maternelle que de la branche paternelle de la famille. C’est lui encore qui proposa que les pratiquants écrivent eux-mêmes le registre des noms de Dharma à l’intention de leurs ancêtres et le gardent chez eux.

Les salutations d'ouverture : la prise de refuge

Le premier mot du Soutra Bleu est namu. Namu signifie « je me consacre à » ou « je prends refuge dans ». Ce mot renvoie à la toute première page du Soutra Bleu où est inscrite la formule Namu myo ho renge kyo, « Je prends refuge dans le Soutra du Lotus du Merveilleux Dharma », formule inscrite également en caractères chinois sur la couverture du Soutra Bleu.
C’est à partir de cette signification « je prends refuge » qu’on peut aborder la longue introduction du Soutra Bleu et en saisir l’esprit. Cette expression, dynamique, est plus une déclaration d’intention que de foi. Répétons aussi qu’il ne s’agit pas de révérer le Soutra du Lotus. La personne qui récite le Soutra affirme plutôt sa pleine et profonde adhésion aux enseignements qu’il contient et au mode de vie qu’il propose. En dépit de la confusion que peut provoquer la longue liste de noms et d’invocations des grandes figures bouddhistes du passé et du futur, il s’agit, de la part du récitant, moins d’un appel à l’aide que d’un appel à témoins pour attester de la fermeté de sa détermination. Le récitant affirme son intention d’améliorer sa conduite ici et maintenant. Les êtres mentionnés dans cette invocation sont eux-mêmes respectés en tant qu’individus qui ont accompli des pratiques dans le même état d’esprit que celui auquel aspire, avec détermination, le récitant lui-même. Ils sont respectés et salués pour cette raison et les invoquer à l’aide du terme namu signifie s’engager sur le même chemin qu’eux.

Le lien avec les ancêtres et les éveillés

Le Chant du transfert des Mérites constitue le point culminant des invocations qui le précèdent et son esprit en est très proche. Dans la première partie, le récitant demande aux bouddhas d’être indulgents envers ses ancêtres « pour leur cœur impur et leurs pensées erronées ». La seconde partie est une demande adressée aux bouddhas et aux dévas pour qu’ils entendent cette récitation et interviennent de manière à ce que ses ancêtres suivent avec détermination le chemin de l'éveil. D’une manière plus large, ces deux aspects traduisent l’état d’esprit du pratiquant.
D’une part, il est conscient d’être encore impliqué dans les difficultés de la vie quotidienne, comme le furent ses parents et ses ancêtres. Il ressent une profonde sympathie à leur égard, non seulement en vertu du lien qu’il a avec eux mais parce qu’il reconnaît qu’ils ont eux aussi souffert, comme nous souffrons tous dans ce monde, et qu’ils ont commis les erreurs que nous commettons tous. Le récitant, témoin de la similitude des situations et des liens, sera ainsi amené à développer un sentiment de compassion envers tous les êtres humains. Le texte, en effet, ne mentionne pas que les ancêtres, mais tous les êtres qui ont un lien quelconque avec le récitant.
D’autre part, l’invocation aux bouddhas et aux dévas exprime le souhait de se tourner vers ceux qui sont déjà fermement établis dans la voie. Ce passage est aussi, pour le pratiquant, le moyen de se remémorer que le progrès est possible, que nos erreurs sont amendables et que le futur contient vraiment la promesse d’un progrès constant et significatif.

La détermination d'agir

Si le pratiquant se tourne vers les bouddhas et les bodhisattvas afin de trouver l’encouragement et l’inspiration, il se tourne également vers lui-même. Le vœu formulé par le récitant que ses ancêtres soient pardonnés est, en soi, un acte dynamique auquel il participe vraiment. En vertu du principe de base, fondamental dans le Reiyukai, que tout ce qui existe est interdépendant, toutes les actions entreprises pour l’éveil et le bien-être d’un être contribue à l’évolution de tous. Souhaiter le progrès des autres implique qu’on se mette en marche soi-même vers ce but. Il s’agit plus d’un objectif à atteindre que d’un cadeau qu’on demande. Le récitant n’émet pas ce vœu seulement pour lui-même, mais aussi pour tous ses ancêtres et tous les êtres qui sont reliés à lui - ce qui signifie, dans un sens large, tout le monde. Ces précisions permettent une meilleure saisie de l’expression «  ce n’est pas par mon pouvoir ». Ce n’est pas en effet par mon pouvoir en tant que tel, mon pouvoir individuel - même si la détermination personnelle est en jeu -, mais grâce à l’aide et à l’exemple de ceux qui m’ont précédé ou qui m’accompagnent sur ce chemin. Le récitant souhaite aider les autres à progresser de la même façon qu’on l’a lui-même aidé. Tout cela participe d’un processus continuel et sans cesse renouvelé.

L'Éveil, le but de l'existence humaine

Le chapitre 3 du Soutra des Sens Innombrables, Les dix mérites vertueux, du Soutra des Sens Innombrables, énumère les dix groupes de mérites acquis grâce à la récitation de ce soutra. L’extrait choisi dans le Soutra Bleu ne contient que le premier groupe de mérites.
Cet extrait du Soutra des Sens Innombrables est placé au début du Soutra bleu pour nous rappeler très exactement quel est le but essentiel de l’existence humaine : " le 1er mérite de ce soutra est d'éveiller l'aspiration à l'illumination chez un bodhisattva qui n'y aspire pas encore ". On ne peut atteindre ce but sans se transformer soi-même ni sans encourager les autres dans cette voie. Cet extrait résume ensuite l’ensemble des tendances humaines et encourage à la transformation. Kakutaro Kubo et Kimi Kotani l’ont choisi et l’ont situé au début du Soutra Bleu parce qu’ils souhaitaient que les récitants s’interrogent sur eux-mêmes, sur leur relation aux autres, ainsi que sur le but de leur existence. Notre identité se forge en partie dans les relations avec les autres et notre discernement résulte des expériences que nous partageons avec tous ceux que nous rencontrons au cours de notre existence.
Ce passage introduit particulièrement la notion d’un potentiel humain capable de transformer nos tendances négatives en tendances positives. Les Fondateurs du Reiyukai souhaitaient que la récitation régulière de cet extrait nous permette de prendre conscience de ce potentiel en chacun de nous. Elle nous rend en effet plus sensibles aux autres, plus conscients de nos qualités et de nos limites, et nous rappelle que le négatif peut se transformer en positif. Il appartient ensuite à chacun de nous de réaliser la transformation qui, grâce à notre pratique, s’est avérée souhaitable ou nécessaire.

Une méthode concrète de transformation

L’extrait du Soutra des Sens Innombrables et la première partie du Soutra de la Pleine Conscience selon la méthode du bodhisattva Vertu Universelle ont trait tous les deux à des aspects de l’esprit humain, et leur approche est complémentaire. Le Soutra des Sens Innombrables explique que le négatif peut devenir positif grâce au pouvoir du Soutra : il nous invite à examiner les aspects sombres de notre personnalité et nous permet de ressentir que nous sommes seuls responsables de leur transformation. Le Soutra de la Pleine Conscience selon la méthode du bodhisattva Vertu Universelle, quant à lui, spécifie de manière encore plus nette que le récitant doit compter avant tout sur lui-même pour accomplir ce changement et propose une méthode concrète pour parvenir à cette transformation.
Si l’extrait du Soutra des Sens Innombrables s’intéresse au « moi », donc aux différents aspects de la personne considérée sous l’angle de sa relation avec les autres, le Soutra de la Pleine Conscience s’intéresse, lui, d’une manière plus profonde et plus vaste, à l’esprit et à la méthode qui permet de transformer notre esprit ordinaire et de réaliser l’esprit d’éveil. Les Fondateurs ont peut-être ressenti que ces deux extraits devaient être placés l’un à côté de l’autre parce qu’ils créaient une forme de méthode d’amélioration progressive.
Le premier extrait (Soutra des Sens Innombrables) nous rend plus conscient de notre potentiel de transformation et nous éclaire sur notre comportement envers les autres. Le second extrait (Soutra de la Pleine Conscience) se concentre plutôt sur les fonctionnements du mental et des sens, qui entravent notre éveil, c’est-à-dire notre capacité à voir les choses telles qu’elles sont, en pleine conscience, et nous explique comment nous débarrasser de nos illusions.
Nous voici ainsi préparés à entrer dans le monde du Soutra du Lotus.

Un enseignement profond, difficile à comprendre

L’extrait du chapitre 2 du Soutra du Lotus est celui dans lequel, pour la première fois, le Bouddha commence à prêcher. Par conséquent, le choix d’introduire la première partie de ce chapitre dans le Soutra Bleu revêt une signification particulière. L’extrait choisi contient le thème principal de l’ensemble de ce chapitre. Jusqu’à présent, le Bouddha n’a pu transmettre l’essence de son enseignement : il a dû enseigner à l’aide des moyens habiles adaptés aux capacités de l’auditoire. Mais le moment est venu d’enseigner le Véhicule Unique du Bouddha qui contient la sagesse incommensurable du Bouddha. L’accent est mis sur la qualité insondable et infinie de la réalisation du Bouddha et sur sa puissance.
Une des clés de ce chemin de bodhisattva réside dans la confiance. Il est clair, au début du chapitre 2, que l’enseignement qui va être révélé est extrêmement difficile à comprendre. Il ne peut être compris que par ceux qui sont disposés à mettre leur confiance dans le Bouddha et dans son enseignement. La position de départ, pour les lecteurs, doit être bien claire : la question n’est pas d’être ou non capable de comprendre l’Enseignement mais bien de vouloir l’accepter et d’essayer de le suivre.
À la lecture de cet extrait, les lecteurs se préparent à pénétrer les enseignements profonds et subtils du Soutra. Il ouvre leur esprit à l’écoute d’un enseignement inouï et exceptionnel. Décrivant avec insistance le but sans précédent à atteindre, il leur permet d’approfondir la qualité de leur aspiration.

La confiance inébranlable du Bouddha

L’extrait du chapitre 12, intitulé Dévadatta, fut sans doute choisi en vertu de l’encouragement qu’il prodigue à l’égard des lecteurs du Soutra. Aussi semble-t-il utile d’évoquer ici l’histoire de ce personnage. Dévadatta était le cousin du bouddha Shakyamuni, et son rival. Il a même, dit-on, tenté de le tuer à diverses reprises. Cependant le Bouddha affirme que lui aussi, comme tous les êtres vivants, parviendra à l’état de bouddha. Cette affirmation, extrêmement surprenante pour l’auditoire de l’époque, met en lumière la valeur et la puissance d’un enseignement qui permet d’opérer une telle transformation de cœur et d’esprit chez un être humain.
En insistant particulièrement sur le fait que ceux qui récitent le Soutra seront capables de marcher avec détermination sur le chemin de l’éveil, il fait directement comprendre à son auditoire l’importance de la lecture et de la récitation. C’est comme si le Soutra s’adressait directement au lecteur en ces mots : « Vous recevrez vous aussi ces bienfaits. »
Cet extrait encourage en outre le pratiquant à cultiver la confiance et la conscience qu’il est en lien avec cet enseignement depuis plus longtemps qu’il ne le croit. Quoique l’idée de la réincarnation ait été précédemment mentionnée dans le Soutra Bleu, c’est la première fois que l’on s’y attarde un peu plus longtemps. La réincarnation était déjà une croyance populaire fermement établie à l’époque du Bouddha et il l’utilisa comme un moyen habile pour aider les gens à mieux comprendre son enseignement. Beaucoup de disciples du Bouddha adhéraient à cette croyance mais le Bouddha lui-même ne l’a jamais ni niée ni confirmée.

L'extraordinaire révélation du Bouddha

L’extrait du chapitre 16, La durée de la vie du Tathagata, s’ouvre sur l’évocation, par le Bouddha, de la durée incommensurable qui s’est écoulée depuis qu’il a atteint l’Éveil. Il se poursuit par une révélation : le Bouddha explique qu’il n’est pas entré en extinction et que sa pratique de bodhisattva n’est pas encore terminée, raison de sa présence cachée dans ce monde.
Le Soutra du Lotus est remarquable par l’image du Bouddha qu’il présente. La durée de sa vie d’éveillé dépasse l’entendement – il y a très longtemps qu’il est devenu bouddha –. Il ne propose donc ni l’existence d’un Bouddha absolu, existant de toute éternité, comme certaines traditions le considèrent, ni celle d’un Bouddha ayant atteint l’Éveil à Gaya quelques années auparavant, comme tous ses disciples le pensent. L’affirmation que le temps écoulé depuis l’éveil du Bouddha est incommensurable invite à entrer dans les dimensions merveilleuses de l’Enseignement et, stimulant notre curiosité à l’écouter et à le réaliser, à quitter nos conceptions limitées sur la réalité.
Notons aussi que l’idée du commencement est très importante du point de vue de la philosophie bouddhiste. Dans la mesure où l’état d’illumination du Bouddha a eu un point de départ - même s’il s’agit d’un temps immémorial -, il est possible à quiconque de s’imaginer commencer le chemin à un moment précis comme ce fut le cas du Bouddha.
D’autre part, le Bouddha révèle qu’il se réincarne à diverses époques et dans des mondes différents afin d’enseigner sans relâche aux êtres humains le chemin de la sagesse parfaite et suprême. Cet extrait décrit à l’aide d’une parabole, celle d’un médecin et de ses fils, la sagesse infinie et bienveillante du Bouddha qui perçoit les différents niveaux de compréhension des êtres et dispense à chacun l’enseignement qui lui convient. Cette image d’un père extrêmement attentionné et attentif traduit le coeur du Bouddha pour tous les êtres.
L’extrait souligne aussi de façon éclatante le contraste entre « l’océan de souffrances » que ressentent les hommes dans ce monde et la satisfaction des êtres qui habitent dans la terre du Bouddha, c’est-à-dire dans la connaissance du Bouddha.

Le pouvoir d'une bienveillance sans faille

L’extrait du chapitre 20, Le bodhisattva Jamais-Méprisant, retrace l’histoire d’une des vies antérieures du Bouddha, celle du bodhisattva Jamais-Méprisant. Sa pratique consistait alors à dire à tous les gens qu’il rencontrait qu’il ne les méprisait pas car ils avaient tous le potentiel de devenir bouddha. À l’écoute de ses paroles, certains pratiquants bouddhistes, parce qu’ils pensaient avec arrogance pratiquer déjà la voie juste qui les mènerait à l’Illumination, l’insultaient et lui lançaient des pierres. Mais il leur répétait inlassablement qu’il ne les méprisait pas quelle que fût leur réaction.
Jamais-Méprisant est présenté comme quelqu’un qui vient de commencer sa pratique de bodhisattva. C’est cette attitude bienveillante envers les autres qui constitue la pratique initiale et spécifique du bodhisattva Jamais-Méprisant. Ainsi, ce chapitre encourage tous les pratiquants qui débutent à commencer par reconnaître, à l’instar du bodhisattva Jamais-Méprisant, le potentiel présent chez tous les autres. Une telle attitude nous amène à découvrir comment l’on peut apprendre des autres, et apprendre même lorsqu’on enseigne aux autres des choses que l’on ne maîtrise pas complètement soi-même. Le Soutra continue en précisant que c’est après avoir persévéré dans l’accomplissement de cette seule forme de pratique que Jamais-Méprisant, sur le point de mourir, entend finalement l’enseignement du Soutra du Lotus. Grâce à cette pratique, il purifie ses six organes des sens, prolonge la durée de sa vie et, à partir de ce moment, est capable de transmettre le Soutra du Lotus lui-même, ainsi qu’exhortent à le faire les autres chapitres du Soutra.
En vérité, l’idée de purifier les sens est directement et étroitement liée à la notion de devenir capable d’entendre l’enseignement du Soutra du Lotus. Comme il advint pour Jamais-Méprisant, le même chemin permet d’atteindre la purification des sens et la compréhension du Soutra du Lotus ; l’un ne va pas sans l’autre.
Cela conduit directement au concept de la pratique de la transmission de l’Enseignement dans le Reiyukai, pratique inspirée de ce chapitre. L’attitude fondamentale qui sous-tend ce concept est semblable à celle de Jamais-Méprisant. À travers cet exemple et grâce à l’enseignement contenu dans le chapitre 20, nous comprenons qu’une attitude positive envers les autres permet d’améliorer à la fois notre être intérieur et nos organes sensoriels – en d’autres termes, la totalité de notre être. Nous pouvons nous purifier grâce à de telles pratiques. Si nous affirmons par des actions concrètes le message du chapitre 20 - que chacun a le potentiel d’un bouddha -, nous pouvons alors actualiser notre pouvoir spirituel latent et nous améliorer.
À nouveau, le fait que Jamais-Méprisant fut capable d’entendre le Soutra durant sa vie, quoiqu’il ait commencé sa pratique à un niveau très humble, accentue l’idée que le Soutra est accessible à tous, quels que soient leur origine et leur niveau de compréhension. De la même façon, il est très significatif que Jamais-Méprisant déclare à tous ceux qu’il rencontre, moines ou laïcs, hommes ou femmes, qu’il ne les méprise pas car ils deviendront tous bouddhas. Ainsi la nature universelle du Soutra, les voies proposées pour suivre son enseignement et les bénéfices qu’on en retire sont-ils tous abordés dans ce chapitre.

Une promesse réjouissante

Le bref extrait du chapitre 21, Les pouvoirs surnaturels des Tathagatas, évoque les pouvoirs surnaturels des Bouddhas. Les Fondateurs l’ont sans doute choisi car il contient une promesse pour ceux qui enseignent et qui pratiquent. À la lecture de ce passage, nombreux sont ceux qui ressentent qu’en recherchant sincèrement à communiquer l’Enseignement aux autres, ils acquerront une parcelle de la sagesse et de la compassion des bouddhas, sentiment extrêmement réjouissant.

Les pouvoirs extraordinaires du Soutra du Lotus

Rien n’égale les mérites de celui qui transmet ne serait-ce qu’un verset du Soutra du Lotus, ni les mérites obtenus par l’offrande au Bouddha des biens les plus précieux, ni ceux acquis en offrant son propre corps comme l’a réalisé le bodhisattva Roi des Remèdes dans une existence antérieure. Dans l’extrait du chapitre 23, Le récit des vies passées du bodhisattva Roi des Remèdes, le Bouddha évoque les pouvoirs extraordinaires du Soutra du Lotus, le roi des soutras, et les bénéfices qu’en retireront ceux qui inviteront les autres à le connaître et à en pratiquer l’enseignement. De manière directe et forte, il exhorte l’auditoire à suivre ses pratiques et à développer une attitude d’esprit permettant d’égaler la puissance du Bouddha.

Un sauveur paré de qualités extraordinaires, un modèle pour les pratiquants

Le bodhisattva Écoute des Voix du Monde offre un autre modèle aux disciples du Soutra du Lotus et son exemple offre une approche différente de la voie des bodhisattvas.
Dans l’extrait du chapitre 25, La porte universelle révélée par le bodhisattva Écoute des Voix du Monde, ce bodhisattva est présenté comme un sauveur paré de qualités extraordinaires. Cet extrait explique en effet que si des personnes en situation difficile ou en proie à un vœu ardent récitent le nom du bodhisattva Écoute des Voix du Monde, leurs problèmes seront résolus et leur vœu exaucé. Ainsi, les pratiquants sont amenés à voir en lui un gardien qui les protège en cas de besoin. Avec un tel protecteur, beaucoup de gens se sentent en sécurité dans la poursuite de leur pratique de l’Enseignement. Mais ils sont également encouragés à devenir eux-mêmes pour les autres une sorte de bodhisattva Écoute des Voix du Monde. Encouragés à développer envers tous les êtres du discernement, de la considération, de la compassion, ils les aident quand ils sont dans la souffrance ou le besoin. Plus encore, ils souhaitent sincèrement les accompagner sur le chemin de l’éveil et leur permettre de résoudre les causes de cette souffrance.

Un encouragement au progrès

Comme son titre le suggère, le chapitre 28, L’encouragement du bodhisattva Vertu Universelle, traite de la protection, de l’aide et de l’encouragement qu’accorde le bodhisattva Vertu Universelle à ceux qui récitent, lisent, copient le Soutra du Lotus, et pratiquent selon son enseignement. Il émane de ce chapitre, placé ainsi à la fin du Soutra, une ardeur apte à encourager ceux qui le récitent ou pratiquent son enseignement et à leur procurer un sentiment de sécurité et de confiance dans la poursuite du chemin de leur perfectionnement. Cet enthousiasme donne lieu à des passages qui peuvent paraître choquants et excessifs aux yeux des lecteurs de notre époque. Beaucoup de membres sont heurtés par le ton soudainement agressif et même apparemment vindicatif de ce passage.
Tout d’abord, il est important de considérer que la raison essentielle de l’utilisation d’un tel langage par l’auteur ou les auteurs du Soutra du Lotus est leur souhait profond de transmettre et faire accepter ce soutra. On peut ainsi mieux appréhender le choix de ces expressions.
On peut aussi facilement accepter l’idée que ceux qui insultent ou dénigrent les autres, pour quelque raison que ce soit, commettent par là-même un acte négatif. Or, en entravant la transmission du formidable message d'espoir que le Soutra délivre aux hommes, ils commettent un acte d'autant plus négatif qu'ils peuvent détruire chez autrui l'aspiration au progrès. En se conduisant de la sorte, ils accumulent des effets karmiques négatifs qui les privent de toute progression physique, mentale ou spirituelle. On perçoit ici la loi naturelle de cause à effet. Une personne récoltera inéluctablement le fruit de ses actes, de ses paroles, de ses pensées ; ceux qui sont positifs engendreront le bonheur et ceux qui sont négatifs, la souffrance.
Que peut faire un pratiquant à l’égard d’une telle personne ? Comme nous le découvrons dans le chapitre 20, les disciples du Soutra sont invités à créer une communication ouverte et positive avec les autres et à leur permettre de comprendre qu’en eux aussi réside le potentiel à devenir bouddha. Pour cette seule raison, tous les êtres humains devraient être traités avec respect. Cependant ces détracteurs, dans leur aveuglement, dénient leur propre potentiel d'éveil et, en fait, empêchent aussi les autres de développer le leur. En décrivant les traits grotesques qu’ils prendront et les circonstances au sein desquelles ils renaîtront, le Soutra, en quelque sorte, ne fait que refléter l’état dans lequel ils sont déjà et souligner le genre d’effets qu’ils attirent sur eux. Ils représentent le pire aspect de la nature humaine dont ils favorisent le développement à l’instar d’une maladie, au lieu de le combattre pour le guérir. La raison sous-jacente à ce mode d’expression est de montrer la négativité des êtres humains.
On peut trouver aussi, à l’origine de la violence et des détails désagréables, des explications d’ordre sociologique ou historique. À l’époque de la compilation de ce soutra, la médecine en était à son balbutiement. Les gens ordinaires étaient témoins de maladies et de malformations partout où ils allaient. Le sentiment d’impuissance devant ces maladies et ces malformations devait être pour eux particulièrement fort. C’est pourquoi ces maladies peuvent être interprétées comme les symboles des maux que nous pourrions rencontrer dans notre vie quotidienne – maux auxquels l’enseignement et les pratiques du bodhisattva Vertu Universelle et du Soutra du Lotus tentent de nous faire échapper.

L'invitation à s'engager sur la voie du Bouddha

C’est le deuxième extrait du Soutra de la Pleine Conscience selon la méthode du bodhisattva Vertu Universelle. Après avoir évoqué les membres de la communauté monastique, le Bouddha en vient à parler des devoirs de la communauté laïque. Cet extrait concerne donc directement tous les lecteurs ou pratiquants modernes éventuels.
Le Bouddha commence par s’adresser aux membres de la société les plus puissants et les plus influents. Il les exhorte à ne pas entraver, de leur pouvoir, la pratique de ceux qui souhaitent réaliser l'enseignement du Soutra. Il les encourage au contraire à les y aider et à suivre eux-mêmes les enseignements de base du Bouddha. La société dans laquelle vivait la personne qui a retranscrit le Soutra du Lotus était de toute évidence loin d’être libre et égalitaire. Par conséquent, d’un point de vue pratique - ou même, pourrait-on dire, politique -, il était évidemment important de convaincre les gens au pouvoir de respecter l’enseignement égalitaire du Bouddha. D’une part, en effet, toutes leurs actions bénéfiques influenceraient un grand nombre de personnes d’un rang social inférieur, d’autre part, elles engendreraient une atmosphère de paix et de sécurité dans laquelle chacun pourrait pratiquer à son aise la voie choisie.
Nous ne sommes ni des rois ni des chefs mais, dans ce passage, il n’est rien qui ne puisse s’adresser à tout être humain, quel qu’il soit. Le Soutra, à la base, invite les personnes influentes à être tolérantes et compatissantes, à être elles-mêmes vertueuses et à ne pas utiliser leur pouvoir dans le but de blesser les autres. Si nous admettons que, d’une manière ou d’une autre, nous exerçons tous un pouvoir sur les autres, que nous possédons tous un domaine dont nous sommes les rois ou les chefs, il est très facile de nous approprier ses instructions et de nous les appliquer directement. Le Soutra lui-même confirme ce propos quand il dit, vers la fin de cet extrait, que quiconque suit ces préceptes revêt la robe de l’humilité.

La mise en pratique résolue de la sagesse purificatrice du Bouddha

L’explication relative à ce dernier extrait du Soutra Bleu, le Chant d’Invocation, est en résonance avec celle des passages de l’introduction, en particulier avec celle du « Chant du transfert des mérites ». En effet, ce Chant d’Invocation est composé, sur le même modèle que l’introduction, d’un certain nombre de courts extraits du Soutra des Sens Innombrables et du Soutra de la Pleine Conscience selon la Méthode du bodhisattva Vertu Universelle.
Un hommage à la vérité et à la valeur du Soutra est suivi d’une invocation aux bouddhas et aux bodhisattvas qui le protègent et le gardent. Pour finir, le récitant exprime l’espoir que les effets de ses actions erronées ainsi que de celles des membres de sa famille soient nettoyés et dissous.
Dans la mesure où ces personnages sont décrits comme les gardiens de la vérité de cet enseignement, il est évident qu’il ne s’agit pas d’un appel au pouvoir de quelque(s) divinité(s), mais à quelque chose de plus large encore : à l’esprit du Soutra, du Dharma et à l’esprit de tous les disciples et de tous les pratiquants sincères. Le récitant n’est pas un demandeur passif et impuissant mais quelqu’un qui souhaite sincèrement améliorer sa situation et celle des autres grâce à la vérité contenue dans le Soutra, grâce à la force de l’exemple des bouddhas et à la puissance de sa propre détermination.

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